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Ramadan à Tlemcen

Selma Miloudi
Étudiante dans la région de Sidi-bel-abbés

Autrefois, le mois sacré de Ramadan s’annonçait par un ou plusieurs crieurs qui cheminaient dans les étroites ruelles de l’ancienne medina de Tlemcen. On entendait alors les "you-you" des femmes qui venaient de partout, de derb Sidi Lahcen, de derb Bab Ali jusqu’au derb Bab El Djiad et au Kassarine. Dans tous les quartiers et dans toutes les maisons les visages souriaient. Les jeunes filles s’organisaient en groupe et chantaient.

Les femmes, elles, sortaient de chez elles soit pour se pencher sur leurs terrasses, soit pour se rendre dans les maisons mitoyennes. Tout le monde cherchait des yeux en direction du ciel le fin croissant que les vieilles dames ne pouvaient voir. Celle qui avait le mérite de le voir poussait alors des "you-you" stridents qui exprimaient sa joie et sa foi. Cependant, lorsque quelqu’un voyait le croissant, il ne pouvait le proclamer tout seul, il lui fallait pour cela se faire accompagner de deux témoins de bonne foi qui devaient confirmer la chose. Et c’est alors que cela devenait officiel. Il y avait donc une véritable compétition afin de repérer le premier ou la première le croissant à sa naissance. Le soir même de cet événement, les familles se joignaient les unes aux autres pour discuter du mois de Ramadan, de ses préparatifs et de ses veillées.

Les plats du Ramadan

Durant tout le mois sacré, un plat obligatoire figure chaque jour sur la maïda, à savoir la soupe, la chorba ou la harira, à base de pâtes préparées préalablement par les femmes dans laquelle on ajoute soit du pain mkatfa (pâte à pain que la femme façonne avec le pouce et l'index en forme de vers de terre. Une fois séchée, le lendemain, on l'ajoute en dernier dans la harira. Le mkatfa peut être utilisé dans les deux soupes), soit du drihmet (ce sont des lamelles de pâte à pain coupées en petits morceaux que l'on ajoute en dernier dans la chorba).

La suite du repas, la ziada est un plat sucré préparé avec des amandes, des raisins secs ou des pruneaux. Les familles se réunissent autour de la maïda garnie de plats succulents, de salades, de desserts… Tout le monde se régale !

On commence le déjeuner par une soûna qui est une gorgée d’eau puis par une bouchée de zalabias (confiserie orientale traditionnelle) ou par une datte. Le repas est introduit par une basmala (mot qui renvoie à la formule "bismi Allah ar-Rahman ar-Rahim" ("Au nom de Dieu clément et miséricordieux").

Prières et veillées

Juste après le repas, les pratiquants gagnent les mosquées et les zaouiates (mosquées dans lesquelles on apprend le Coran) pour faire des prières et réciter quelques sourates (versets du Coran). Dans certaines maisons, c’est la grand-mère qui raconte des histoires, les voisins et les voisines autour d’elle dégustant leur thé ou leur café l’écoutent attentivement. La mère prépare les pâtes pour le lendemain tout en discutant avec son entourage. Dans d’autres familles, les voisines se rassemblent au milieu de la maison et chacune d’elle apporte son instrument, joue, danse et chante jusqu’au dîner. Elle retournent ensuite chez elles et préparent le plat de couscous aux raisins secs appelé seffa bizbib. Ces veillées fort agréables se déroulent dans une intimité chaleureuse et s’organisent dans chaque maison à tour de rôle.

Les nefka

Le quatorzième jour de Ramadan ou nefka correspond au milieu du mois et est un jour joyeux. Ce jour-là, les fillettes font le carême pour la première fois. Elles s’habillent avec des vêtements traditionnels (kaftan, chéchia et bijoux). Leurs mamans les accompagnent pour rendre visite aux voisins et aux proches où elles reçoivent de petits cadeaux, de l’argent ou simplement des bises. À partir du vingtième jour et avec l’approche de l’Aïd El Fitre, les femmes s’entraident pour préparer les gâteaux. Elles préparent entres autres du kâk, du griouche, du makrout et enfin des ghrobia aux œufs ou à l’huile qui sont les principaux gâteaux préparés spécialement pour cette fête. Le soir, les enfants portent ces gâteaux au four commun du quartier. La deuxième nafka qui correspond au vingt-septième jour de jeûne se passe comme la première mais ce soir-là, les pratiquants terminent leurs dernières sourates du Coran qui durent jusqu’au lendemain. Le vingt-neuvième jour, tout le monde cherche à apercevoir le croissant qui indique la fin du mois sacré. Si on le voit, le mois se termine à 29 jours sinon à 30 jours et ce n’est qu’au trente-et-unième jour que l'on fête l'Aïd El Fitre.

Rédaction : Emeline Giguet - Première publication : 01/12/11 - Mise à jour : 01/12/11

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