"Les huit frères arrivent chez la sorcière, qui les accueille très bien et leur sert un copieux repas après lequel elle leur dit : – Allez vous reposer chacun dans l'une de ces sept cases, vous y trouverez d'agréables compagnes pour la nuit."
Contes
africainsBlaise Cendrars a réuni et adapté
plus d'une centaine de contes africains, dont un grand nombre tourne autour
du thème de la nourriture, dans un ouvrage qui a été
publié pour la première fois en 1921 sous le titre d'Anthologie
nègre. Cet ouvrage est aujourd'hui disponible en poche et
sur internet en lecture ou en téléchargement (cliquer
ici).
Cendrars a choisi de supprimer toutes les marques d'énonciation,
qui permettaient de situer ces récits dans le temps et l'espace*.
Cette sélection et ces extraits vous donneront peut-être
envie de les lire et de les utiliser en classe.
"Il
était une sorcière qui avait sept filles d'une grande beauté ;
on disait que celui qui passait une nuit avec l'une disparaissait, mangé
par la sorcière : car c'est le trait caractéristique
des sorcières de se nourrir de chair humaine. Il y avait, dans
le pays de la sorcière, huit frères, dont le plus jeune,
à peine âgé de quelques mois, se nommait Marandénboné
(l'enfant du mal).
Un jour, Marandénboné conseille à ses frères
d'aller coucher avec les filles de la sorcière : – Mais,
disent-ils, ignores-tu que l'on n'a jamais vu revenir un seul des éphémères
amants de ces jeunes filles ? – Suivez mon conseil, affirme
Marandénboné, et soyez sans crainte.
Les huit frères arrivent chez la sorcière, qui les accueille
très bien et leur sert un copieux repas après lequel elle
leur dit : – Allez vous reposer chacun dans l'une de ces
sept cases, vous y trouverez d'agréables compagnes pour la nuit."
(conte soninké, n° 21)
"Trois
hommes s'étaient suivis pour aller chez Ouendé lui exposer
leurs besoins. L'un dit : – Je veux un cheval. L'autre
dit : – Je veux des chiens pour chasser dans la brousse. Le
troisième dit : – Je veux une femme pour me désaltérer.
Et Ouendé leur donna tout : au premier, un cheval ; au second,
des chiens ; au dernier, une femme.
Les trois hommes s'en vont. Mais arrive la pluie qui les enferme trois
jours dans la brousse. La femme leur fait alors à manger, à
tous les trois. Les hommes disent : – Retournons chez
Ouendé. Et ils y vont. Tous lui demandent alors des femmes. Et
Ouendé veut bien changer le cheval en femme, et les chiens aussi
en femmes.
Les hommes s'en vont. Or la femme issue du cheval est gourmande ;
les femmes issues des chiens sont méchantes ; mais la première
femme, celle que Ouendé avait donnée à l'un deux,
est bonne : c'est la mère du genre humain."
(conte môssi, n° 26)
"Une
fois, il y eut une grande famine dans tout le pays. Alors l'araignée
sortit de la brousse, avec son petit, pour chercher des noix sous une
vieille muraille. Elles passent plusieurs semaines sans rien trouver ;
à la fin, la jeune araignée trouve une noix. Pleine de joie,
elle la casse, mais voici qu'elle tombe de sa main et roule dans un trou
de rat. La jeune araignée ne veut pas perdre son butin, elle descend
dans le trou de rat à la recherche de sa noix perdue.
Alors trois esprits se présentent à elle : un blanc,
un rouge et un noir, trois esprits qui depuis la création du monde
ne se sont jamais lavés, ni ne se sont jamais rasé la barbe.
Ils lui disent : – Où vas-tu ? Que cherches-tu ?
Alors la jeune araignée leur raconte son infortune et dit qu'elle
est venue dans le trou de rat chercher sa noix perdue."
(conte gan, n° 36)
"On
dit qu'autrefois tous les hommes périrent. Un animal prodigieux,
qu'on nomme Kammapa, les dévora, grands et petits. Cette bête
était horrible, il y avait une distance si grande, si grande, d'une
extrémité de son corps à l'autre, que les yeux les
plus perçants pouvaient à peine l'embrasser tout entière.
Il ne resta sur la terre qu'une femme qui échappa à la férocité
de Kammapa, Elle se tenait soigneusement cachée. Cette femme conçut
et elle enfanta un fils dans une vieille étable à veaux.
Elle fut très surprise, en le considérant de près,
de lui trouver au cou des amulettes divinatoires. – Puisqu'il en
est ainsi, dit-elle, son nom sera Litaolané, le Divin. Pauvre enfant !
Dans quel temps est-il né ! Comment échappera-t-il
à Kammapa ? Que lui serviront ses amulettes ?
Elle parlait ainsi en ramassant dehors quelques brins de fumier qui devaient
servir de couche à son nourrisson. En rentrant dans l'étable,
elle faillit mourir de surprise et d'effroi. L'enfant était déjà
parvenu à la stature d'un homme fait et il proférait des
discours pleins de sagesse. Il sort aussitôt et s'étonne
de la solitude qui règne autour de lui. – Ma mère,
dit-il, où sont les hommes ? N'y a-t-il que toi et moi sur
la terre ? – Mon enfant, répond la femme en tremblant,
les hommes couvraient, il n'y a pas longtemps, les vallées et les
montagnes, mais la bête, dont la voix fait trembler les rochers,
les a tous dévorés. – Où est cette bête ?
– La voilà tout près de nous. Litaolané
prend un couteau et, sourd aux prières de sa mère, il va
attaquer le mangeur du monde."
(conte sesouto, n° 41)
"Séédimwé
était un grand animal qui faisait du mal aux hommes. Un jour que
les hommes avaient été tendre des pièges aux animaux
et qu'ils en avaient pris dans leurs pièges, ils les apportèrent
au village et les firent cuire dans les pots. Alors ils disent à
Séédimwé : – Mangeons maintenant.
Mais Séédimwé leur répond : – Je
suis rassasié.
C'était un mensonge car il voulait tout manger, tout seul, pendant
la nuit. Les hommes s'endorment. Au lever du soleil, il se trouve que
Séédimwé a avalé tous les pots pendant la
nuit. Les hommes demandent : – Qui a mangé notre
viande ?"
(conte soubirja, n° 44)

Cavalier sur un caïman volant
"Il
y avait une fois un chef ; son village était très grand,
mais il n'avait que trois enfants : un fils et deux filles. L'aînée
des filles se marie ; il ne reste à la maison que la cadette
Fényafényané et son petit frère. Une année,
comme on travaillait aux champs, le petit garçon restait seul à
la maison, et s'en allait jouer au bord de la rivière et criait :
– Koyoko, dépêche-toi, viens me manger. Koyoko
sortait de l'eau et venait le poursuivre, et vite, vite le petit garçon
de se précipiter dans la hutte. C'était là son jeu
de chaque jour. Une fois, tout le monde était parti pour aller
bêcher le champ du chef. Le petit garçon va à la rivière
selon son habitude et se met à crier : – Koyoko,
dépêche-toi, viens me manger. Cette fois Koyoko sort de l'eau
avec rapidité et s'empare du petit garçon ; il le dévore
tout entier et ne laisse que la tête."
(conte bassouto, n° 46)
"On
raconte qu'autrefois, dans un certain endroit, il y avait une grande ville
où vivaient beaucoup de gens. Ils vivaient uniquement de grains.
Une année, il y eut une grande famine. Il y avait dans cette ville
un pauvre homme nommé Masilo et sa femme. Un jour, ils vont piocher
dans leur champ et ils piochent, piochent toute la journée. Le
soir, quand la troupe des gens qui travaillaient aux champs s'en retourne
à la maison, ils s'en vont eux aussi. Alors vient un oiseau qui
se pose sur la hutte, au bout du champ. Il commence à siffler en
disant : – Champ labouré de Masilo, retourne-toi.
Le champ fait comme l'oiseau dit. Après cela l'oiseau s'en va.
Le lendemain, quand Masilo et sa femme vont au champ, ils sont dans le
doute et disent : – Est-ce vraiment l'endroit où
nous avons pioché hier ?"
(conte bakalong, n° 54)
"Deux
frères étaient en voyage. Un jour qu'ils traversaient un
désert dépourvu d'eau, la soif prit le plus jeune des deux.
Et il avait aussi grand-faim. Il dit à son aîné :
– J'ai faim et soif à tel point que je ne peux plus
continuer à marcher. Poursuis ta route et me laisse mourir ici.
L'aîné s'éloigne sans lui répondre. Il va se
dissimuler derrière un palmier. Là, il tire son couteau,
se taille dans la cuisse un morceau de chair. Puis il bat le briquet,
allume du feu et fait rôtir ce morceau qu'il porte à son
frère. Celui-ci dévore avidement ce que lui apporte son
aîné, sans même songer à lui demander où
il s'est procuré cette viande."
(conte peuhl, n° 19)
"Il
y avait un jeune garçon nommé Hlabakoané ; sa
sœur se nommait Thakané. Pendant que le père et la
mère étaient aux champs, Thakané restait seule à
la maison ; quant à Hlabakoané c'était lui qui
gardait les bestiaux. Un jour, il dit à sa sœur : – Thakané,
donne-moi Koumongoé. Koumongoé était le nom d'un
arbre dont mangeaient son père et sa mère ; quand on
y faisait une entaille avec la hache il en sortait du lait. Les enfants
n'avaient pas le droit d'y toucher.
Thakané répondit à son frère : – Ne
sais-tu pas que c'est un arbre dont il ne nous est pas permis de manger ?
Notre père et notre mère seuls peuvent en manger."
(conte bassouto, n° 22)
"Un
jour, le Mensonge et la Vérité entreprirent ensemble un
voyage. Le Mensonge dit gentiment à sa compagne : – Partout
où nous nous présenterons, c'est toi qui porteras la parole,
car si l'on me reconnaissait, nul ne voudrait nous recevoir. Dans la première
maison où ils entrèrent, ce fut la femme du maître
qui les accueillit ; le maître arriva à la tombée
de la nuit et demanda tout de suite à manger : – Je
n'ai encore rien préparé, dit sa femme. Or, à midi,
elle avait préparé le déjeuner pour deux et en avait
caché la moitié. Bien que son mari n'en sût rien,
il entra cependant dans une grande colère, parce qu'il arrivait,
très affamé, des champs. Se tournant vers les étrangers,
le mari leur demanda : – Pensez-vous que ce soit là
le fait d'une bonne ménagère ? Le Mensonge garda prudemment
le silence ; mais la Vérité, obligée de répondre,
dit avec sincérité qu'une bonne ménagère aurait
dû tout préparer pour le retour de son mari. Alors, la femme
de l'hôte, violemment irritée contre ces étrangers
qui se permettaient de se mêler des affaires de son ménage,
les jeta finalement à la porte.
Au deuxième village où ils arrivèrent, le Mensonge
et la Vérité trouvèrent les enfants occupés
à partager une vache stérile, fort grasse, qui venait d'être
abattue. Quand les voyageurs entrèrent chez le chef du village,
ils rencontrèrent des enfants qui venaient de remettre au chef
la tête et les membres de la vache, en lui disant : – Voici
ta part. Or, chacun sait que c'est toujours le chef qui fait les parts
dans une distribution de cette nature. Le chef, s'adressant à nos
étrangers, qui venaient d assister à tous ces détails,
leur demanda : – Qui pensez-vous donc qui commande ici ?
– Apparemment, dit la Vérité, ce sont les enfants.
À ces mots, le chef se mit dans une terrible fureur et fit immédiatement
chasser ces étrangers, si impertinents.
Le Mensonge dit alors à la Vérité : – Vraiment,
je ne puis te laisser plus longtemps le soin de nos affaires, car tu nous
ferais mourir de faim."
(conte malinké, n° 32)

Serpent
"Il
y avait autrefois, il y a de cela bien longtemps, bien longtemps, un très
grand féticheur, et c'était Ngurangurane, le fils du Crocodile.
Et voici comment il était né, c'est la première chose
: ce qu'il fit et comment il mourut, c'est la seconde. Dire toutes ses
actions, c'est impossible, et d'ailleurs qui se les rappellerait ?
Voici comment il était né, c'est la première chose.
À cette époque-là les Fân demeuraient au bord
d'un grand fleuve, grand, si grand, qu'on ne pouvait apercevoir l'autre
rive ; ils pêchaient sur le bord. Mais ils n'allaient pas sur
le fleuve ; nul encore ne leur avait appris à creuser des
canots : celui qui le leur apprit ce fut Ngurangurane. Ngurangurane
apprit cet art aux hommes de sa famille, et, sa famille, c'étaient
les hommes, c'étaient les Fân.
Dans le fleuve vivait un énorme crocodile, le maître crocodile ;
sa tête était plus longue que cette case, ses yeux plus gros
qu'un cabri tout entier, ses dents coupaient un homme en deux comme je
coupe une banane, crîss ! Il était couvert d'énormes
écailles : un homme le frappait de ses javelots, tô,
tô, mais pfut, le javelot retombait ; et celui
qui faisait cela, ce pouvait être l'homme le plus robuste : pfut,
le javelot retombait. C'était un animal terrible.
Or, un jour, il vint dans le village de Ngurangurane ; mais celui-ci
n'était pas encore né. Et celui qui commandait les Fân
était un grand chef, et il commandait à beaucoup d'hommes.
Il commandait aux Fân et à d'autres encore. Ngan Esa vint
donc un jour dans le village des Fân et il appelle le chef :
– Chef, je t'appelle. Le chef accourt aussitôt. Et le
chef crocodile dit au chef homme : – Écoute attentivement.
Et le chef homme répondit : – Oreilles : c'est-à-dire
j'écoute bien. – Ce que tu feras à partir d'aujourd'hui,
le voici. Chaque jour j'ai faim, et je pense que la chair de l'homme me
vaut mieux que la chair de poisson. Chaque jour, tu attacheras un esclave
et tu me l'apporteras sur les bords du fleuve, un homme un jour, une femme
le lendemain et, le premier de chaque lune, une jeune fille bien peinte
avec le baza et bien luisante de graisse. Tu feras ainsi. Si tu oses ne
pas m'obéir, je mangerai tout ton village."
(conte fân, n° 38)
"Lorsque
les Fantis se dirigeaient de l'intérieur vers la côte maritime,
les gens qui vivaient dans les forêts essayèrent de les arrêter
et les Fantis durent se frayer leur chemin. Les éclaireurs qui
ouvraient la marche étaient conduits par un célèbre
chasseur nommé Ansah. Cet homme avait avec lui un chien qui l'accompagnait
continuellement. Un jour qu'il était au guet, le chien le conduisit
vers un palmier renversé par un éléphant qui avait
percé un trou avec ses défenses pour en boire la sève.
Ansah observa que celle-ci s'écoulait par le trou et, craignant
d'y goûter lui-même, car cela pouvait être du poison,
en donna un peu à son chien.
Le lendemain, voyant que l'animal n'en éprouvait aucun mal, il
en but lui-même un peu. Il trouva cette boisson si agréable
qu'il en avala jusqu'à ce qu'il tombât ivre-mort. Et il resta
privé de connaissance pendant la journée tout entière,
au grand effroi des Fantis et de leur roi qui le croyaient perdu.
En recouvrant ses sens, il emplit un pot de terre de cette liqueur et
la présentant au roi, il lui décrivit ses effets et la manière
dont il l'avait obtenue. Le roi, ayant goûté du vin de palme,
l'aima tellement qu'il en but au point de tomber sans connaissance. À
cette vue, son peuple le croyant empoisonné, se jeta sur le malheureux
chasseur et le tua sans lui laisser le temps de s'expliquer. Quand le
roi s'éveilla et apprit ce qui était arrivé, il fut
très attristé et fit mettre à mort immédiatement
ceux qui avaient tué Ansah. En souvenir de celui-ci, il ordonna
que le vin de palme fût désormais nommé ansah."
(conte tchwi, n° 42)
"Les
narrations rapportent que Kesi, Kemta, Aké sont les villes qui
furent d'abord fondées dans la forêt d'Egba. Après
cela, les autres villes se hâtèrent de jeter leurs fondements.
Comme elles étaient toutes en paix, elles songèrent à
nommer un roi parmi elles. Lorsqu'elles consultèrent le sort, celui-ci
désigna un homme qui se nommait Odjoko et qui était un ami
du chef des habitants de Kesi. Alors ils le firent roi. À cette
époque, les moyens de se nourrir n'étaient pas nombreux
dans les autres villes ; le maïs existait seulement à
Kesi, car il poussait uniquement là.
Le roi Odjoko avait dit à ses gens qu'ils ne devaient pas vendre
de grains aux autres Egbas si auparavant on ne l'avait trempé dans
l'eau chaude. Peu après, le chef d'Aké donna sa fille Adechikou
en mariage au roi Odjoko. Par elle les centres egbas apprirent la ruse
employée contre eux. Un jour, l'Alaka demanda à sa fille
de lui montrer comment il pourrait réussir à planter du
bon grain dans son champ."
(conte yorouba, n° 43)
"On
raconte que jadis il y avait quatre jeunes gens. Il y avait aussi une
femme. Cette femme demeurait sur le versant d'une petite colline. Les
quatre jeunes gens demeuraient sur une autre colline. Les jeunes gens
s'occupaient à chasser des animaux sauvages. La femme ne savait
pas chasser, elle restait assise à ne rien faire, n'ayant rien
à manger. Les jeunes gens chassaient les bêtes sauvages et
se nourrissaient de leur chair.
Un d'eux dit : – Cet être là-bas qui nous
ressemble, qui est-ce qui chasse pour lui, puisqu'il reste assis toute
la journée ? Un autre répondit : – Non,
il ne nous ressemble pas ; cet être ne peut, comme nous, chasser
les animaux. Le premier répliqua : – Il a comme
nous des mains, des pieds et une tête ; pourquoi ne pourrait-il
aller comme nous à la chasse ?"
(conte bassouto, n° 44)
"Il
y avait une certaine poule qui avait l'habitude de descendre chaque jour
sur le bord de la rivière pour y ramasser des débris de
nourriture. Un jour, un crocodile vient près d'elle et menace de
la manger. Alors elle crie : – frère, ne le faites
pas !"
(conte tjort, n° 46)
"Un
cultivateur avait un lougan dont le mil était déjà
mûr. Tous les jours deux petits oiseaux venaient lui manger son
grain. Avec des crins de cheval il fabriqua de petits pièges à
nœuds coulants et les attacha aux épis de mil. L'un des petits
oiseaux – le mâle – s'y laissa prendre. L'homme lui
arracha les plumes extrêmes des ailes pour l'empêcher de voler,
puis il le donna à ses enfants en leur disant de lui couper la
gorge.
Les enfants prirent un couteau. Mais avant qu'ils eussent exécuté
l'ordre de leur père, la femelle du prisonnier survint et voletant
au-dessus d'eux, leur cria : – Pourquoi voulez-vous couper
la gorge à mon mari ? Les enfants ne lui répondirent
pas. Son mâle lui-même lui criait : – Mon
amie, laisse-les faire ! Ils commencèrent à plumer
l'oiseau. La femelle revint alors et leur demanda : – Pourquoi
plumez-vous mon mari ? – Laisse-les faire ! dit encore
le mâle. On entreprit alors de le flamber : – Pourquoi
le flamber ? demanda la femelle. – Mon amie, laisse-les
faire ! Quand on le dépeça, quand on le mit à
cuire, quand on le mangea, chaque fois la femelle demanda pourquoi on
agissait ainsi. Et chaque fois le mâle lui conseillait de laisser
faire et de se résigner.
Quand l'oiselet fut mangé, tous les enfants se virent transformés
en oiselets de même espèce. Ce sont ceux-là que nous
voyons encore. Auparavant il n'y avait sur terre que les deux dont je
viens de raconter l'histoire."
(conte gourmantié, n° 54)
"Un
homme du nom de Nouahoungoukouri prend femme ; mais il n'a pas construit
de hutte avec les autres gens. Il la conduit chez lui, à part.
Or, c'était un mangeur d'hommes. Un beau jour il la tue. Il mange
une partie de sa chair et met la jambe de côté ; puis
il se met en route et dit : – Je vais aller chez les parents
de ma temme. Tandis qu'il était encore en route, un oiseau se met
à chanter :
Toto-hi ! toto-hi ! Hélas, ma mère !
Nouahoungoukouri a ensorcelé le ciel…
Tu l'as bien vu, ô ciel ! Tu l'as bien vu, oiseau !
Il a tué sa femme et a coupé sa chair en morceaux, ô
ciel !
Il dit que c'est de la viande d'élan !
Tu l'as bien vu ! ô ciel ! tu l'as bien vu, oiseau !"
(conte ronga, n° 56)
"Or
donc, il arriva que Macinga s'en alla épouser des femmes ; toutes
eurent des enfants, mais la principale n'en eut point et alors elle fut
tournée en ridicule par les autres femmes ; même son mari
se moquait d'elle et n'avait aucune considération pour elle. Elle
s'en alla dans la campagne et fit la rencontre d'une colombe ; elle
pleurait. La colombe lui demande : – Pourquoi pleures-tu,
ma mère ? – Je pleure parce que je suis persécutée ;
on se moque de moi parce que je n'ai pas d'enfants ; tous les jours
on rit de moi ; on dit que je ne suis pas une femme ! comme
si quelqu'un pouvait s'empêcher d'avoir des enfants ! Or, personne
ne le peut. Ce n'est donc pas ma faute si je n'en ai point. La colombe
lui dit : – Est-ce que tu désires avoir un enfant ?
– Oui, répond-elle. – Retourne donc à
la maison.
L'oiseau lui donne des haricots, du maïs et des pois. Il lui donne
encore un petit paquet d'épines et lui dit : – Quand
tu seras arrivée chez toi, tu cuiras tout cela ; quand ce
sera à point, tu le verseras dans ton panier rond, puis tu perceras
les grains avec une épine et tu les mangeras un à un. Quand
tu auras fini, tu iras retourner la marmite au pied du mur de la hutte
et tu verras ce qui se passera."
(conte ronga, n° 58)
"Une
fois, plusieurs jeunes filles s'en allèrent de bon matin de chez
elles, dans le but de recueillir de l'argile rouge. Parmi elles était
l'enfant d'un chef : une très jolie fille. Après qu'elles
eurent recueilli de l'argile, elles songeaient à revenir chez elles,
quand l'une d'elles leur proposa de se baigner dans un vaste étang
qui était là. Cela leur plut à toutes : elles
entrèrent dans l'eau et y jouèrent longtemps. À la
fin, elles se rhabillèrent et partirent à la maison.
Mais comme elles avaient déjà parcouru une certaine distance,
la fille du chef remarqua qu'elle avait oublié un de ses ornements
qu'elle avait ôté en se baignant. Alors elle demanda à
sa cousine de retourner avec elle le chercher. Celle-ci refusa. Elle s'adressa
alors à une autre jeune fille, puis à une autre ; mais
toutes refusèrent de revenir sur leurs pas. Elle fut obligée
de s en retourner seule à l'étang, tandis que les autres
allaient à la maison. Quand elle arriva à l'étang,
un gigantesque et effroyable cannibale qui n'avait qu'un seul pied vint
à elle, la saisit et la mit dans son sac."
(conte xosa, n° 59)
"Il
y avait un homme extrêmement pauvre, nommé Séètétélané.
Il n'avait pas même une femme. Il se nourrissait uniquement de souris
sauvages. Son manteau était fait de peaux de souris sauvages ainsi
que son caleçon. Un jour qu'il était allé à
la chasse des souris sauvages, il trouve un œuf d'autruche et dit :
– Cet œuf, je le mangerai lorsque le vent viendra de là-bas.
Il le serra au fond de sa hutte.
Le lendemain, il alla, comme d'habitude, à la chasse des souris
sauvages. À son retour, il trouva du pain qu'on venait de cuire,
du yoala qu'on venait de préparer. Il en fut ainsi pendant plusieurs
jours de suite. Il disait : – Séètétélané,
est-ce que réellement tu n'aurais pas de femme ? Qui, si ce
n'est ta femme, aurait pu te cuire ce pain ou te préparer le yoala ?"
(conte bassouto, n° 60)
(* Voir la préface de la nouvelle édition de cet ouvrage parue en 2005 chez Denoël.)
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