Points
clésMicheline Maurice
Expert auprès du BAN Etwinning-France
Pour mener un enseignement des langues vivantes selon la perspective actionnelle préconisée par le cadre du CECRL, il est particulièrement recommandé de mettre en œuvre des projets d'échange et de coopération à distance, au niveau européen et international.
La pédagogie de l'échange et de la coopération à distance se déploie dans l'articulation de démarches spécifiques, déjà bien identifiées par les enseignants de langues :
La pédagogie de projet (perspective actionnelle) qui vise la construction de compétences en responsabilisant les élèves dans la réalisation d'un projet. Le projet va constituer un dispositif d'apprentissage dans la mesure où il va créer la nécessité d'accomplir des actions et des tâches diversifiées, pour la réalisation desquelles les élèves vont avoir besoin d'acquérir des savoirs et construire des savoir-faire.
Les démarches interculturelles. En créant des situations de mises en relation concrètes, les élèves de cultures et de langues différentes vont devoir communiquer, s'informer, négocier, pour réaliser une production commune. Ils vont ainsi développer des connaissances d'éléments de la culture de l'autre, mais aussi et surtout des capacités de mobilité entre leur culture et celle de leurs partenaires : ils vont construire leurs compétences interculturelles.
L'usage des TICE, qui s'impose aujourd'hui socialement, culturellement et scolairement est une dimension technique qui déploie une culture de l'échange, de la coopération, du partenariat et du travail en réseau. C'est à la fois une manière de prendre en compte la culture des élèves qui sont attirés par les nouvelles technologies (informatiques et internet), une modalité de travail collaboratif efficace et une sensibilisation à l'éthique de la communication et de la recherche d'informations.
En résumé, un projet d'échange à distance, que l'on peut nommer aussi, partenariat éducatif, jumelage électronique, projet coopératif ou collaboratif, correspondance, etc. est un dispositif d'apprentissage des langues et des cultures, fondé sur les démarches de projet coopératif pour réaliser une action commune, par exemple : produire un dossier commun sur un thème, un carnet de voyage virtuel dans le pays des partenaires, un magazine en ligne, un roman historique ou policier, un recueil de correspondances, etc.
La réalisation de cette action commune va devoir être planifiée et organisée en tâches diversifiées que les élèves auront à réaliser dans des conditions de travail différentes et appropriées aux résultats attendus et aux objectifs : individuellement, en sous-groupe dans la classe, en équipe mixte avec les partenaires, en grand groupe - classe ou en groupe de projet (les deux classes).
1. coopération avec des productions intermédiaires (individuelles et collectives) et une production finalisée (coopérative)
2. communication, orale et écrite
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Projet d'échange à distance = Dispositif d'Action |
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Tâches diversifiées
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Tâches de Coopération (Production coopérative) |
Tâches de communication |
Points-clés de réussite de mise en œuvre d'un projet :
1. Trouver des partenaires de travail
2. Définir un projet commun
3. Choisir les dispositifs techniques de travail collaboratif
4. Démarrer en motivant les élèves
Aujourd'hui de nombreux sites spécialisés dans les échanges et la coopération scolaire européenne et internationale offrent des dispositifs de recherche de partenaires, très performants :
Une fois les partenaires trouvés, il s'agit de :
1. Élaborer ensemble votre projet commun. Voici une proposition de guide pour travailler conjointement entre partenaires à mettre au point un projet commun.
2. Définir une production finale.
Pour que les tâches de coopération soient opérationnelles, il est nécessaire de viser une production finale qui sera le résultat du travail coopératif entre les classes partenaires. Il est déconseillé de limiter un projet à un échange de mails, qu'ils soient libres ou sur thèmes, car le danger, malheureusement trop souvent avéré, est la lassitude des élèves, l'absence "d'inspiration", la confusion entre "lettre" et "exercice" et par suite la stagnation du projet.
La production finale à réaliser est un but concret pour les élèves. L'expérience démontre qu'un projet d'échange est plus efficace lorsqu'il vise un but concret de production commune à réaliser par les deux (ou plus) classes partenaires. Les élèves sont mieux éclairés sur l'entreprise dans laquelle ils s'engagent – car ils n'ont pas toujours une grande familiarité avec la pédagogie de projet et le risque est de produire chez eux de l'incompréhension face à une proposition trop abstraite. En revanche, ils pourront facilement avoir une représentation concrète du chemin à parcourir avec une proposition du type : "Cette année (ou ce trimestre) nous allons réaliser avec nos partenaires allemands un dossier sur les énergies durables que nous publierons sur les sites de nos deux établissements."
C'est le principe même de la perspective actionnelle : ici, l'action à mener est la production à réaliser avec une autre classe dans un pays voisin ou lointain. C'est ce but concret qui va mobiliser, responsabiliser les élèves. C'est cette action de coopération qui va engendrer les activités de communication, les rendre nécessaires, motivées, efficaces.
3. Quatre grands types de production collaborative :
4. Ressources pour définir un projet. Des exemples concrets sont consultables sur Internet, notamment :
5. Un exemple, un conseil
Le Carnet de voyage virtuel dans le pays des partenaires :
Une idée de projet qui est fréquemment proposée aux élèves est celle de réaliser un dossier sur l'environnement de chaque classe partenaire (les élèves, la classe, l'école, le quartier, la région, le pays) … et de se présenter ainsi mutuellement. C'est une bonne idée. Mais pour la mettre en œuvre de manière réellement coopérative, pour offrir aux élèves une posture de véritables partenaires actifs, leur permettre de rester mobilisés à chaque étape et ne pas les cantonner dans le rôle de "lecteurs captifs" du travail des autres, voici une proposition dont l'originalité repose sur le schéma suivant : les élèves de chaque classe partenaire ont pour objectif de réaliser un Carnet de voyage, non pas dans leur propre ville, et région mais dans celle de leurs partenaires ; ainsi ils travailleront à mettre en forme les informations que leurs partenaires leur enverront sur leurs demandes. Voir le scénario de ce type de projet.
Aujourd'hui des sites spécialisés dans l'accompagnement aux projets d'échange et de coopération à distance offrent une aide technique très précieuse en donnant accès aux principaux outils techniques de communication (messagerie, chats, forum, blog, visioconférence, etc.) et de production coopérative (plateforme collaborative de travail avec une série d'outils adaptés à tous les projets). Ces accès sont gratuits. Ces outils sont simples d'utilisation, accompagnés d'explications et sécurisés.
Un exemple :
Etwinning : L'action eTwinning, intégrée au programme éducatif européen Comenius, a été conçue en 2005 pour promouvoir les jumelages électroniques. Elle vise à démultiplier les productions coopératives sous forme numérique, à développer la créativité des enseignants dans ce domaine et à les aider à entrer dans des modes de travail en réseau au niveau européen. Depuis sa création, Etwinning propose des modes d'accompagnement qui évoluent en permanence afin d'aider progressivement les enseignants à entrer dans une culture du partenariat et de l'usage des TICE.
Etwinning accompagne les professeurs aux pratiques d'échange et de coopération avec les TICE en ouvrant successivement des espaces de travail, spécifiques et adaptés aux différentes étapes de la mise en œuvre d'un projet :
1. Première étape, l'initiation. Dès l'accueil, le site s'adresse à tous et propose une série de rubriques d'informations et de ressources pédagogique et technique (notamment la rubrique "Inspiration").
2. Deuxième étape, l'inscription. Le choix est laissé à chaque enseignant d'entrer plus avant en s'inscrivant dans la communauté eTwinning. Dès lors, il a accès à un deuxième espace qui lui permet de chercher des partenaires en interrogeant une base de plus de 65 000 établissements européens, d'utiliser un forum, d'avoir un tableau de bord de fonctionnement simple et efficace, où tous ses contacts s'affichent comme autant "d'amis" contactables à chaque instant très facilement.
3. Troisième étape, la coopération. Dès que l'enseignant a trouvé ses partenaires et que le projet commun est défini, le troisième espace est ouvert : celui de la plateforme collaborative de tous les membres du projet (professeurs et élèves) avec une série d'outils : chat, forum, calendrier, messagerie, wiki, blog, page web, galerie photos, vidéo, visioconférence, etc.
4. Quatrième étape, la mutualisation. Plusieurs outils sont proposés pour impulser des dynamiques de mutualisation : outil pour publier les résultats du projet (tout ou partie) ; blog et wiki pour permettre à l'équipe enseignante de tenir son Carnet de bord, étape introductive au partage des ressources et au travail en réseaux, nouveau dispositif "les Communautés de pratiques" conçu pour l'échange de pratiques et la coproduction de ressources innovantes.
Le site eTwinning est le dispositif central d'accompagnement, mais il fonctionne en liaison avec des séminaires en présence et des structures d'assistance technique de proximité, effectuées en ligne et par téléphone par les bureaux nationaux d'assistance.
D'autres sites d'accompagnement des projets collaboratifs :
Au niveau européen :
European Schoolnet accompagne les établissements scolaires à utiliser les nouvelles technologies de façon efficace et à mettre les questions européennes au cœur de l’enseignement. Il propose différents sites et outils collaboratifs, notamment pour débuter dans ce domaine :
Au niveau international :
Bien sûr, si vous n'êtes pas encore très à l'aise avec les TICE, vous pouvez commencer à travailler en utilisant la messagerie et les fichiers attachés ; mais n'oubliez pas que bien souvent, les TICE font partie des habitudes de vos élèves qui ainsi peuvent être des acteurs responsables dans ce domaine au cours du déroulement du projet.
Comment impliquer et mobiliser les élèves ? Comment leur permettre de s’approprier réellement le projet ? Comment les aider à devenir des acteurs impliqués et responsables ? Autant de questions que tous les enseignants se posent. En réponse à ces questions, une piste : dès le début du projet, mener des activités de créativité, des enquêtes et des débats.
Comment démarrer un projet ? La première activité à mener avec les élèves est celle qui va leur permettre d'entrer en contact, de faire connaissance avec leurs partenaires. C'est un moment décisif : évitez des présentations trop traditionnelles, pas assez motivantes. Tentez des activités plus créatives et ludiques.
Par exemple, se présenter au travers de leurs représentations de leur propre culture, de la culture des partenaires ou du thème envisagé pour le projet.
Leur donner la possibilité de réaliser ces courtes productions individuelles en exploitant d'une part les différentes fonctions du langage verbal (poétique, métaphorique, symbolique) et d'autre part en utilisant le langage de l'image dont les potentialités d’évocation, de polysémie, de poésie sont particulièrement riches.
Les TICE avec les logiciels de traitement de l’image et de composition multimédia favorisent la créativité et les interactions entre les différents langages.
Exemples d'activités de démarrage d'un projet :
Exemple 1 : "Poèmes"
Des élèves se présentent en composant un poème avec des mots et une image.
Description de l'activité :
Exemple 2 : Stéréotypes et culture de l'autre
Consigne : "Quand je pense au pays de mes partenaires, je vois (chaque élève choisit une image ou réalise un collage d'images) et j'écris (une ou deux phrases en langue cible). Voici un exemple dans un projet franco-américain.
Exemple 3 : "Qui suis-je ?"
Les écoles partenaires créent un espace Web commun qui peut être divisé en deux parties : photos et profils. Chaque élève télécharge une photo et une petite description révélant ses intérêts vers cet espace. Les élèves de l'école partenaire doivent alors trouver les photos qui correspondent aux descriptions. Voir la fiche pédagogique.
D'autres exemples :
Un dernier conseil :
Le premier pas est à faire, franchissez-le allégrement en quelques clics, surfez sur les sites proposés, glanez des informations, inspirez-vous des expériences des collègues de part le monde, et lancez vous dans l'aventure en commençant par un projet très simple, en vous inspirant d'exemples, de scénarios, de votre imagination et de celles de vos élèves.
Micheline Maurice
À lire également : "De la correspondance aux projets d’échange à distance", Le français dans le monde, juillet-août 2007.
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