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Planète
en danger"Planète en danger" est un projet d’une année initié et dirigé par le Bureau de coopération pour le français (BDF) de l’Ambassade de France aux Émirats Arabes Unis qui a débuté en avril 2007 suite au succès de la fête de la francophonie. Présentation et interview de Marlène Hage, responsable pédagogique pour le français à l’école du Rosaire d’Abou Dabi.
L’idée était de trouver pour 2008 un projet innovant et artistique, avec un thème porteur permettant de rassembler non seulement des élèves, apprenants et des enseignants de français aux Émirats arabes unis mais également d’intéresser au-delà de ces frontières tous les jeunes qui apprennent le français de par le monde.
Le choix de réaliser un CD de chansons sur la défense de l’environnement s’est donc vite imposé et pendant plusieurs mois, des élèves d’une quinzaine de nationalités différentes, apprenants de français de sept établissements scolaires aux Émirats ainsi que de l’Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi, ont écrit des textes de chansons sur le thème de l’environnement. Neuf chansons ont ensuite été sélectionnées par deux artistes musiciens, compositeurs et interprètes, Alain Bertin et Eric Préterre.
Une première maquette présentant un mixage des extraits de cinq des neuf chansons de l’album, a été mise en ligne.
Écouter les extraits de la première maquette :
En novembre 2007, le CD a finalement été enregistré dans un studio d’enregistrement à l’école du Rosaire d’Abou Dabi par une vingtaine d’élèves venant de tous ces établissements. Vous pouvez écouter une des chansons de l’album dans son intégralité : "Un monde à réinventer" (Télécharger les paroles).
Contact :
Philippe Mallein
Initiateur et coordinateur du projet
Attaché de coopération pour le français-Ambassade
de France Émirats Arabes Unis
Courriel : bcfabu@emirates.net.ae

Marlène Hage est responsable pédagogique pour le français à l’école du Rosaire d’Abou Dabi, qui compte 3 800 élèves, dont 3 600 apprennent le FLE, à partir de la maternelle deuxième année jusqu'à la classe de première. Le français est une matière obligatoire et est enseigné comme langue étrangère. Les examens A1, A2, B1 et B2 du DELF sont proposés aux élèves.
Vous avez participez au projet “Planète en danger” initié par le bureau de coopération pour le français à l’Ambassade de France aux Émirats Arabes Unis. Quand a débuté ce projet et comment s’est-il déroulé ?
"Planète en danger" est un projet d’une année qui a débuté en avril 2007 sur l’initiative de M. Philippe Mallein, attaché de coopération pour le français aux Émirats Arabes Unis. M. Mallein nous surprend chaque année en proposant des projets intéressants et passionnants et il a eu l’idée de travailler cette année-là sur un thème porteur dans l’esprit humaniste de la francophonie. Le réchauffement climatique est notre souci primordial, c’est l’ennemi de notre ère. Tous, jeunes et adultes, en parlent. De là est donc née l’idée.
Des élèves apprenant le français comme langue étrangère, appartenant à sept établissements différents aux Émirats et des élèves de la Sorbonne Abu Dhabi ont commencé à écrire des textes concernant l’environnement. Les professeurs de français ont collecté ces textes, les ont triés et les ont envoyés à Philippe Mallein qui à son tour en a choisi neuf.
Les textes sélectionnés ont alors été envoyés à Alain Bertin et Eric Préterre, deux musiciens et compositeurs français. Puis ces derniers ont aidé les élèves-auteurs à rectifier, enrichir et adapter ces textes par le biais du site "français et monde arabe".
Les musiciens ont ensuite composé des musiques sur ces paroles. En novembre 2007, ils sont venus aux Émirats Arabes Unis afin de monter un studio d’enregistrement à l’école du Rosaire d’Abou Dabi. Ce travail a duré une dizaine de jours. Une vingtaine d’élèves appartenant à différents établissements se sont rassemblés autour de cette activité. Une ambiance unique et inoubliable régnait dans ce studio fabriqué de rideaux, de couvertures et de cartons qui couvraient les vitres. Les enregistrements ont donc pu être réalisés puis la maquette montée et le CD a vu le jour.
Afin de compléter ce projet artistique, Bernard Alligand, artiste peintre français, a travaillé sur les textes des chansons afin de réaliser un livre illustré.
Combien d’élèves ont participé à la réalisation du CD et comment ont-ils été sélectionnés ?
75 lycéens dont 51 élèves de l’école du Rosaire d’Abou Dabi ont participé à ce projet. Notre sélection a été très simple car tous les élèves de plus de 15 ans intéressés par la langue et la culture françaises souhaitant rédiger, chanter ou danser étaient les bienvenus, et ce quel que soit leur niveau en français.
Nous avons seulement fait une exception pour le rôle principal de la comédie musicale "Planète en danger" incarné par une élève de 11 ans incroyablement douée et qui a joué ce rôle de façon extraordinaire !
Les élèves sélectionnés ont ensuite participé à une ou plusieurs phases du projet. Ainsi, dans un premier temps, l’élaboration des textes a été effectuée par une trentaine d’élèves de 17 à 18 ans de la classe terminale, et de 19 à 20 ans de l’Université Sorbonne Abu Dhabi. Neuf textes ont été sélectionnés, sur toutes les écoles des Émirats, dont trois de l’école du Rosaire Abu Dhabi.
Puis, la production du CD a été réalisée par deux musiciens français et une trentaine d’élèves. Dans notre établissement, 21 filles ont participé des classes suivantes : Terminale 17-18 ans (niveau avancé), Première 16-17 ans (niveaux avancé et faux-débutant) et Seconde 15-16 ans (niveau avancé et vrai-débutant).
Enfin, la réalisation de la comédie musicale a été préparée par une chorégraphe, un musicien français et une trentaine d’élèves dont 22 de l’école du Rosaire. Les mêmes classes y ont participé.
Quelles compétences ont pu être travaillées pendant la création des chansons et leur enregistrement et quels étaient vos objectifs finaux dans le cadre de ce projet ?
Dans le cadre ce projet, nous avions des objectifs précis :
En classe et pendant les enregistrements et répétitions, nous avons essentiellement travaillé l’expression écrite et orale ainsi que la compréhension orale.
Lors de la composition des textes, les élèves ont appliqué et utilisé des règles de grammaire, du vocabulaire, des proverbes, des poèmes, bref tout ce qu’ils avaient appris sur la langue et la culture françaises en classe pour fabriquer les textes.
En communiquant avec les artistes français, les participants ont profité de la présence de natifs français pour améliorer leur expression orale et pour apprendre de nouvelles expressions courantes. Cette interaction n’avait pas seulement un intérêt linguistique mais aussi un intérêt culturel.
En lisant, en apprenant et en chantant les textes, ces élèves se sont basés sur le français déjà acquis en classe pour pouvoir comprendre le sens de leurs chansons. L’esprit d’amitié et de sympathie a régné tout au long du projet et une véritable entraide est née entre les participants eux-mêmes (donc les apprenants de niveau avancé expliquaient aux élèves débutants des mots ou expressions) et entre les artistes et les élèves (les artistes donnaient également des explications aux participants).
En conclusion, ce projet a ouvert de nouvelles portes aux professeurs intéressés par la chanson dans le processus de l’enseignement-apprentissage de la langue française et nous avons réalisé pleinement nos objectifs initiaux.
Une comédie musicale a vu le jour en mars 2008, pouvez-vous nous en parler en quelques lignes ?
Après la réalisation du livre illustré et du CD, ce projet ne s’est pas arrêté là. En mars 2008, Philippe Mallein a fait venir de France Eric Préterre, le musicien qui avait enregistré les élèves au mois de novembre, et la chorégraphe Christèle Outreman à Abou Dabi pour présenter ces chansons sous la forme d’une comédie musicale. Une trentaine d’élèves venant de plusieurs établissements ont alors travaillé avec ces artistes pendant une dizaine de jours. Dans le cadre des activités liées à la francophonie, le BCF a décidé de présenter ce spectacle.
Il suffisait de voir l’enthousiasme des élèves qui, malgré les études et les examens, venaient à l’heure pour se rencontrer et pour rencontrer les artistes, pour comprendre l’importance de ce spectacle.
Les répétitions ont eu lieu, encore une fois, à l’école du Rosaire d’Abou Dabi. Les élèves ont travaillé tous les après-midi avec une grande motivation. Une ambiance amicale a régné au théâtre du Rosaire et les élèves-chanteurs et les acteurs ont pu échanger et partager leurs expériences. Ce projet a donné l’occasion à tous les participants de vivre le plaisir de la créativité et ce qui m’a le plus touché était l’harmonie qui existait entre ces élèves.
Le grand jour est arrivé, le 17 mars 2008, et cette comédie musicale "Planète en danger" a eu un succès exceptionnel. Le théâtre de la Fondation culturelle à Abou Dabi était plein. 600 spectateurs, de tout âge et de toutes nationalités étaient venus pour soutenir et encourager les élèves.

La comédie musicale "Planète en danger", 17 mars 2008
Que vous a apporté une telle expérience ainsi qu’à vos élèves, apprenants de français ?
Ayant été très impliquée dès le départ dans ce projet (j’ai été présente à la rédaction de quelques textes, à tous les enregistrements ainsi qu’aux répétitions), j’ai appris plein de choses tant artistiquement que techniquement. Mais le plus remarquable a été le travail fait en classe de français par les participants. Ils sont devenus au fur et à mesure plus motivés, plus actifs. Ils étaient fiers de pouvoir communiquer en français avec les artistes, ils ont eu de plus en plus confiance en eux-mêmes en tant que locuteurs du français. Les résultats de fin d’année ont montré les traces que ces activités ludiques ont laissé chez nos élèves (je ne parle pas ici seulement de mes élèves, mais de tout le groupe. Je suis toujours en contact direct avec les professeurs de français à Abou Dabi).
N’oublions pas de dire que ces activités ont été également un point de rencontre entre deux éléments indissociables dans l’apprentissage du FLE, la langue et la culture françaises.
Encourageriez-vous les enseignants de français à travailler en classe à partir des chansons ? Si oui, pourquoi ? Quels sont les avantages d’un tel support ?
Lorsque l’on parle d’apprentissage ludique, on parle de jeux mais également de chansons. Cette dernière tient compte de la globalité de la personne, corps, cerveau, émotions, dans la classe de langue.
La chanson renforce la motivation, elle présente une langue claire, poétique et ludique. Elle nous offre un espace non cloisonné qui ne renvoie pas à l’aspect strict des études : c’est l’apprentissage par imprégnation, pour le plaisir, un plaisir qui se prolongera à l’extérieur de la salle de classe, à la maison, chez les voisins et copains.
D’après ma propre expérience, j’ai constaté un changement remarquable au niveau de la motivation des élèves et des professeurs, lorsque j’ai décidé, il y a six ans, de changer la méthodologie dans notre établissement. J’ai intégré la chanson, séance obligatoire dans toutes les classes (de la maternelle jusqu’à la première) et j’ai été confrontée à nombre d’objections de la part des professeurs. Certains prétendaient ne pas avoir le temps, d’autres me donnaient d’autres excuses. Après une série de réunions formatives axées sur la manière d’aborder la chanson dans une classe de FLE, tout le monde a changé d’avis et désormais, la chanson occupe une place importante dans l’apprentissage du français langue étrangère à l’école du Rosaire d’Abou Dabi.
En France vous vivez cette expérience avec le groupe allemand "Tokyo Hotel" qui a donné le goût de l’apprentissage de la langue allemande aux jeunes français.
D’autres projets artistiques sont-ils prévus pour les années à venir ?
Je ne suis pas sûre, car je quitte pour ma part les Émirats pour rentrer au Canada, et Philippe Mallein, le "génie" de toutes ces activités, nous quitte pour le Laos. Espérons que nos successeurs auront cette passion pour l’apprentissage ludique !

Illustration du CD réalisée par Bernard Alligan, artiste peintre
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